Affichage des articles dont le libellé est jardin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jardin. Afficher tous les articles

vendredi 6 juin 2008

Plaisir immédiat

Quand on a acheté la maison, s'il y a bien une chose qui me rendait folle de joie, c'était de me dire qu'il y avait un potager.

Je n'ai jamais été une grande jardinière, loin de là. On avait un verger et un potager chez mes parents, mais je me contentais d'en profiter, et éventuellement parfois j'aidais un peu ma grand-mère à arroser, ou à cueillir ce qu'elle s'était donné du mal à faire pousser.

Pourtant, quand on a visité notre future maison, allez comprendre, je me suis tout de suite sentie heureuse de savoir que j'aurai un coin pour faire pousser mes trucs.

Et quand on achète une maison, on est tellement heureux que forcément, on en parle, et j'ai laissé échapper ça et là qu'il y avait un potager. Et que je me réjouissais.

"Oui, on a un petit jardin. Très mignon, avec un mur d'un ancien rempart, en grès rose."



Jusque là, tout le monde s'enthousiasme (quoique certains esprits chagrins se sentent déjà obligés de dire : "oh, ben vous allez voir ce que c'est que l'entretien d'une maison, et d'un jardin... Vous allez regretter vos appartements. Faut tondre, y a toujours quelque chose à refaire, des bricoles plus ou moins grosses qui vous tombent dessus", enfin des gens dont la vie doit être bien triste, mais passons).

Et puis, au fond de ce jardin, dans le mur, une ouverture. Qui donne sur le fameux potager.



Alors on l'a récupéré dans un état..... Parce qu'entre le moment où les anciens propriétaires sont partis et le moment où on a emménagé, il s'est passé un été.
Donc tout avait poussé dans tous les sens.
On a laissé passer l'hiver, mais voilà, depuis le printemps, dès qu'il fait un peu sec, un peu bon, et que j'ai un peu de temps, je file au jardin. Et je me régale.
Bien sûr, tout ne devient pas magnifique en un printemps. Mais quel bonheur ce temps passé avec de la musique sur les oreilles et les mains dans la terre.
J'ai arraché les mauvaises herbes à tout va, j'ai acheté des coccinelles (non, je ne suis pas complètement folle) pour débarrasser les arbustes des pucerons, j'ai taillé, bêché, pioché, biné, planté des fleurs, semé des graines, enfin tout ça quoi.
Et chaque soir, en rentrant, je fais mon petit tour. J'arrose, j'arrache les vilaines herbes, je vérifie que mes petites pousses vont bien (parce que ça pousse, si !) et je m'extasie, je m'émerveille, je m'attendris, je me remplis de joie.

Parfait.
Mais alors pourquoi est-ce que SYSTEMATIQUEMENT, quand j'ose dire aux gens quels qu'ils soient que je passe du temps dans mon jardin et surtout dans mon potager, j'ai invariablement la même petite phrase : "oh, ben on verra combien de temps ça va durer !"

C'est fou ça ! Est-ce qu'on se prive d'un immense plaisir juste parce qu'il se peut que l'année prochaine, on ne prenne plus le même pied ?
Est-ce qu'on ne peut être heureux que si on est sûr que ça va durer ?
Je m'en fiche bien moi de savoir si ça m'amusera encore l'année prochaine de planter mes légumes, mes fleurs, mes arbres. Tout ce qui compte, c'est que quand je le fais, ça me plaît. Et si ça ne me plaît plus, ben je ne le ferai plus, voilà tout.

Je peux leur répondre moi que leur vie doit être bien triste à force d'être aussi réticents aux plaisirs immédiats ?

En attendant, moi, je m'émerveille. Chaque jour. Tant pis pour eux s'ils ne savent pas profiter des petits bonheurs simples.