jeudi 12 juin 2008

L'orage

Hier après-midi, l'orage a grondé. Dans le ciel et dans ma tête.
Dans le ciel d'abord. Un énorme nuage noir est descendu de la montagne, et s'est crevé juste au dessus de notre petite ville. Rien sur les vignes juste au dessus, pas une goutte dans le village voisin, mais dans les rues sous les fenêtres de mon bureau, des coulées de boues descendant des vignes, et dévalant les rues pavées. Pourtant l'averse n'aura duré que quelques minutes.
Je ne parlerai pas du dégât des eaux au cabinet de mon amoureux, il est dû plus à la bêtise de ses voisins qu'à la météo...

L'autre orage, c'était dans ma tête.
Je n'étais pas à la fête hier. Je me sentais horriblement stressée. J'avais l'impression d'être secouée de tremblements intérieurs, je perdais patience pour rien, enfin bref, rien de bien agréable. J'ai joué à l'apprentie sorcière, ce n'était peut-être pas une bonne idée, mais depuis que cet idiot de doc m'a dit que les bêtabloquants diminuaient la fertilité, j'ai beau avoir eu des informations contraires depuis, je ne peux pas m'empêcher de penser que je devrais arrêter, ou au moins essayer.
Comme mon doc dit que c'est inutile, alors je me débrouille seule, avec plein de précautions quand même. Ca fait quelques mois que je diminue progressivement les dosages, et ça faisait deux semaines que c'était presque symbolique ce que je laissais dans la gélule.Et avant hier soir, en me couchant, je n'en ai pas pris. Visiblement, même à très faible dose, l'effet est quand même là. La question est de savoir combien de temps les effets du manque se font sentir ?
J'ai pris une toute petite dose ce matin pour essayer de passer une journée sans envie de meurtre ;-)
Mais bref, hier donc, pas une grande patience. Alors quand mon Président est venu, et que comme à son habitude depuis quelques temps, il ne savait rien faire d'autre que râler, discutailler pour des broutilles qui ne le concernent même pas, j'ai d'abord tenté de le ramener à la raison, et comme ça ne semblait pas le satisfaire, c'est mon orage intérieur qui s'est répandu à l'extérieur.
C'est que cet homme de pouvoir n'a pas l'habitude de se faire réprimander comme ça par une jeunette comme moi, avec sa voix de petite fille...
Mais rien ne pouvait m'arrêter. Je lui ai dit tout ce qui ne pouvait plus durer, que son amertume inexplicable ne pouvait plus se déverser en permanence sur moi, que ce n'était pas mon boulot que d'essuyer en permanence des critiques infondées, enfin je vous épargne les détails.

Ca s'est fini sans se finir puisqu'il fallait enchaîner sur un rendez-vous. Il m'a quand même souhaité une bonne soirée avec un sourire gêné... Suis pas bien sûre que le message soit passé. Ca doit être le genre à rentrer chez lui le soir et à se dire "quelle mouche l'a piquée aujourd'hui ?"...

On verra. Il n'est pas passé aujourd'hui.

Je suis rentrée à 20h, bien résolue à ne pas aller travailler avant 11h ce matin, heure de mon premier rendez-vous.

La soirée a été courte, parce qu'autant mon homme que moi, nous avions surtout hâte de dormir. Sauf que depuis quelques temps, mon homme se réveille quand le boulanger d'à côté fait des bruits, à partir de 4h le matin. Ca me réveillait au début de notre vie ici. Plus maintenant. Beaucoup plus rarement en tout cas. Mais lui, ben ça l'a réveillé une fois, pour la première fois, il y a quinze jours, et depuis, il y pense en se couchant, et donc dès qu'il entend un truc, ça l'agace, et il se sent obligé de me communiquer cet agacement.
En temps normal, ça passe. Sauf que là, me faire réveiller à 4h15, pour une fois que je dormais bien, ça m'a vraiment énervée, et ça a laissé libre cours à toutes ces choses auxquelles il vaudrait mieux ne pas penser la nuit, parce que tout semble toujours plus terrible que ça ne l'est vraiment.
Je me suis donc levée pleine de rage contre la terre entière, et j'ai regardé une émission animalière, puis des séries. Je ne suis quand même pas allée travailler avant 11h.

J'ai été dans mon jardin, j'ai pris mon temps, j'ai lu, j'ai regardé le temps passer, et Dieu que ça m'a fait du bien.
Au final, l'humeur est à nouveau au beau temps. Pas pour le boulot. Non. Mais pour le reste. Suis fatiguée, mais je suis drôlement bien chez moi, j'aime vraiment celui qui partage ma vie, et voilà.

Le reste... Ben faut clairement que je tienne le coup encore un moment.
Et puis, après, les choses changeront, d'une façon ou d'une autre. Mais on retombera sur nos pieds.
Il y a juste des moments où on a l'impression que les collines sont des montagnes.

mercredi 11 juin 2008

Hum... (suite)

Ca n'a pas manqué. Je ne suis donc pas la seule à penser comme je pense.
J'ai reçu un mail de chacune des deux amies dont je parlais précédemment.
L'une pour me dire qu'elle a eu ses règles ce matin, et que c'est donc le troisième échec d'insémination.
L'autre, juste comme ça. Par hasard.
Aucune des deux ne mentionnent le mail d'annonce de la troisième. Mais comme on ne s'écrit pas très souvent, je vois bien qu'il n'y a pas là la moindre trace de hasard...

Hum...

Suis pas jalouse, il ne faut pas se méprendre. Je ne suis pas amère non plus.
Enfin dans l'idéal, je ne suis rien de tout ça.
Et puis j'aime ma boîte mail et j'aurais du mal à imaginer vivre sans elle. Mais elle me pond de ces nouvelles parfois qui ... comment dire.... me font ressentir que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne...
Oui, toujours la même chose, je sais, tant pis.
Une amie annonce ce matin sa deuxième grossesse (le premier n'a pas encore 2 ans), photos de l'écho à l'appui, à une liste de destinataires d'environ 100 personnes.
Sachant que lorsque je l'ai vue en mars, elle m'avait dit qu'elle pensait arrêter la pilule le mois suivant pour faire le 2ème, qu'elle est enceinte de deux mois, vous comprenez aisément que.... ben..... mouais...
Après tout, ça a marché au premier cycle pour le 1er, pourquoi ça ne serait pas pareil pour le deuxième...

Là où je suis fière de moi, c'est qu'il m'a fallu moins d'un quart d'heure pour réussir à lui envoyer un petit message de félicitations. Là où la dernière fois ça m'avat pris plusieurs jours.
Je progresse, oui oui.

Mais ça fait réfléchir aussi : l'amie en question est tout aussi "mince" que moi. Enfin je parle de moi l'an dernier, parce qu'entre temps, j'ai pris 5 kg, parce qu'un doc m'avait gentiment suggéré que si j'avais un peu plus "d'amplitude", ça ne ferait sûrement pas de mal... Sans compter que trois mois de traitement au clomid cet hiver ont été radicaux...
Je ne suis toujours pas grosse, entendons-nous bien. Je suis toujours mince. Je suis juste... moins mince. Je n'aime pas dire maigre, parce que pour moi, quelqu'un de maigre, c'est quelqu'un dont les bras sont décharnés, qui a les joues creuses, dont les genoux ont l'air gros par rapport au reste des jambes, bref, je ne suis pas comme ça.
J'ai des muscles, de la graisse, même de la cellulite, enfin bref.

Dans sa liste d'envoi, je note particulièrement deux de mes amies. L'une a fait une fausse couche il y a deux mois, l'autre essaye vainement de faire son deuxième enfant depuis 3 ans.
Qu'ont-elles ressenti en lisant ce message ? Surtout la première en tombant sur les photos de l'écho ???
Je sais qu'on ne peut pas toujours épargner les autres, et que parfois, se contenter de se réjouir pour soi sans prendre garde aux autres, ça doit faire un bien fou. Mais est-ce vraiment une telle ombre sur un bonheur tellement immense que de faire un petit mail séparé, au moins à celle qui a perdu son bébé ? Pour ne pas la mettre face à ces photos qui doivent cruellement ressembler aux dernières images qu'elle a eu de son bébé envolé ?
Et pour celle qui attend depuis si longtemps, avec tous les traitements que ça impose, les échecs d'insémination, et j'en passe, puisqu'elle sait tout ça, enfin, je ne sais pas s'il y a une "bonne" façon de lui annoncer une grossesse au premier cycle... Il me semble simplement qu'elle aurait pu avoir un peu plus d'égards.
Quant à moi, je n'ai rien à dire sur le fait d'être parmi les autres destinataires, elle ne sait même pas que nous voudrions un enfant...

Ce qui m'amène à tout autre chose.
C'est toujours drôle de voir l'idée que les gens se font de moi. Je me demande toujours comment les gens peuvent être aussi aveugles. Je suis sûrement très bonne comédienne (comme le disait mon arrière grand -mère alors que je ne savais pas encore marcher...) et encore meilleure menteuse (des années de pratique intensive avec ma mère, ça porte ses fruits).
Mais je me dis aussi que les gens se laissent aisément berner.

J'ai été pendant treize ans avec quelqu'un que personne n'avait jamais vu. Ca n'a jamais choqué personne. Ou si peu. Entre temps, c'est vrai qu'il m'arrivait de réfugier ma peine dans d'autres bras. Mes "amis" en ont toujours déduit que j'avais des moeurs légères (d'ailleurs l'une d'entre eux m'a carrément dit un jour sans vouloir me blesser le moins du monde que j'étais un peu salope)....
Dans notre groupe d'amis, j'étais "la jolie". Alors j'étais forcément celle qui avait la vie la plus facile. Parce que c'est bien connu, quand on est beau, on n'est pas malheureux. Ca ne va pas ensemble.
Et quand on est beau, on ne se plaint pas d'avoir des peines de coeur, parce qu'on n'a qu'à claquer dans les doigts, et on trouve des épaules pour se consoler.
Il faut dire que j'ai apporté de l'eau à leur moulin avec mon éternel sourire. C'est vrai que dès le matin, je chantonne. C'est vrai que quand nous allions en cours à vélo, je chantais, qu'il fasse 30° ou -15.
C'est vrai que pour couronner le tout, j'avais toujours de bons résultats sans beaucoup travailler.
J'ai de la chance de ce côté là, je le reconnais, et j'en suis reconnaissante. BEAUCOUP.
C'est vrai aussi que quand on me demande comment je vais, je réponds toujours que je vais très bien. Et j'en ai l'air. Quoiqu'il se passe.
Et si vraiment je ne vais pas bien et que ça se voit, alors c'est que c'est tellement terrible que je ne sors pas de chez moi, donc personne ne le voit, personne ne le sait.

Je n'en veux donc à personne de ne voir de moi que ce que je veux bien leur montrer.
Il me semble néanmoins que quand on se dit l'ami de quelqu'un, on ne s'arrête pas à ce que l'autre veut faire croire...

Et comme il y a une personne, une seule, qui soit allée au-delà de tout ça, alors même que je ne la connaissais que depuis quelques semaines, alors je sais que c'est possible. Mais maintenant que je la connais depuis si longtemps, je sais aussi ce par quoi elle est passée.
Et je me dis que finalement, il faut avoir vécu des choses moches, pour lire dans les yeux des autres ce qu'ils essayent de cacher.

On ne peut donc pas en vouloir aux gens qui n'ont jamais affronté de vrais problèmes de ne pas penser à ceux qu'auraient pu affronter les autres. D'ailleurs je ne leur en veux pas. Y a juste toujours un petit sentiment d'injustice qui vient plâner un petit moment au dessus de ma tête.

Mais voilà, le temps de l'écrire, et hop, il est reparti ;-))

Et j'en arrive à mes collègues. L'autre jour, on parlait d'une des collègues qui passe plus de temps en congé mat qu'à son bureau. Et une des mes secrétaires m'a dit "Attends, le jour où tu seras dans sa situation, on en reparlera". L'autre secrétaire a embrayé "Oh mais elle ne veut pas d'enfants, elle !". Et elle le pensait le plus sincèrement du monde. D'ailleurs sans que j'aie l'occasion de dire quoique ce soit (ce qui m'arrange beaucoup, je le concède), l'autre a continué cette discussion qui était devenue la leur, exclusivement, en disant qu'effectivement, je n'étais pas le genre à vouloir des enfants. Parce que je travaille beaucoup, que je suis très indépendante, que je suis ce genre de femme qui ne cuisine pas, qui ne s'embarrasse pas beaucoup du ménage, enfin tout ça. Je suis gentiment retournée dans mon bureau en les laissant argumenter sur cet éternel débat qui fait que les femmes qui ont une activité professionnelle comme la mienne, ben forcément, ce ne sont pas des femmes maternelles.
Ne se sont-elles jamais demandé si ce n'était pas parce que quand on devient maman, la plupart finissent par changer de métier ? Parce qu'on n'a pas vraiment le choix ? Pas que ça soit inconciliable, loin de là, mais parce que mon monde professionnel est un monde d'homme et qu'ils ne réfléchissent pas comme nous ?

vendredi 6 juin 2008

Plaisir immédiat

Quand on a acheté la maison, s'il y a bien une chose qui me rendait folle de joie, c'était de me dire qu'il y avait un potager.

Je n'ai jamais été une grande jardinière, loin de là. On avait un verger et un potager chez mes parents, mais je me contentais d'en profiter, et éventuellement parfois j'aidais un peu ma grand-mère à arroser, ou à cueillir ce qu'elle s'était donné du mal à faire pousser.

Pourtant, quand on a visité notre future maison, allez comprendre, je me suis tout de suite sentie heureuse de savoir que j'aurai un coin pour faire pousser mes trucs.

Et quand on achète une maison, on est tellement heureux que forcément, on en parle, et j'ai laissé échapper ça et là qu'il y avait un potager. Et que je me réjouissais.

"Oui, on a un petit jardin. Très mignon, avec un mur d'un ancien rempart, en grès rose."



Jusque là, tout le monde s'enthousiasme (quoique certains esprits chagrins se sentent déjà obligés de dire : "oh, ben vous allez voir ce que c'est que l'entretien d'une maison, et d'un jardin... Vous allez regretter vos appartements. Faut tondre, y a toujours quelque chose à refaire, des bricoles plus ou moins grosses qui vous tombent dessus", enfin des gens dont la vie doit être bien triste, mais passons).

Et puis, au fond de ce jardin, dans le mur, une ouverture. Qui donne sur le fameux potager.



Alors on l'a récupéré dans un état..... Parce qu'entre le moment où les anciens propriétaires sont partis et le moment où on a emménagé, il s'est passé un été.
Donc tout avait poussé dans tous les sens.
On a laissé passer l'hiver, mais voilà, depuis le printemps, dès qu'il fait un peu sec, un peu bon, et que j'ai un peu de temps, je file au jardin. Et je me régale.
Bien sûr, tout ne devient pas magnifique en un printemps. Mais quel bonheur ce temps passé avec de la musique sur les oreilles et les mains dans la terre.
J'ai arraché les mauvaises herbes à tout va, j'ai acheté des coccinelles (non, je ne suis pas complètement folle) pour débarrasser les arbustes des pucerons, j'ai taillé, bêché, pioché, biné, planté des fleurs, semé des graines, enfin tout ça quoi.
Et chaque soir, en rentrant, je fais mon petit tour. J'arrose, j'arrache les vilaines herbes, je vérifie que mes petites pousses vont bien (parce que ça pousse, si !) et je m'extasie, je m'émerveille, je m'attendris, je me remplis de joie.

Parfait.
Mais alors pourquoi est-ce que SYSTEMATIQUEMENT, quand j'ose dire aux gens quels qu'ils soient que je passe du temps dans mon jardin et surtout dans mon potager, j'ai invariablement la même petite phrase : "oh, ben on verra combien de temps ça va durer !"

C'est fou ça ! Est-ce qu'on se prive d'un immense plaisir juste parce qu'il se peut que l'année prochaine, on ne prenne plus le même pied ?
Est-ce qu'on ne peut être heureux que si on est sûr que ça va durer ?
Je m'en fiche bien moi de savoir si ça m'amusera encore l'année prochaine de planter mes légumes, mes fleurs, mes arbres. Tout ce qui compte, c'est que quand je le fais, ça me plaît. Et si ça ne me plaît plus, ben je ne le ferai plus, voilà tout.

Je peux leur répondre moi que leur vie doit être bien triste à force d'être aussi réticents aux plaisirs immédiats ?

En attendant, moi, je m'émerveille. Chaque jour. Tant pis pour eux s'ils ne savent pas profiter des petits bonheurs simples.

jeudi 5 juin 2008

Up... and down



Le principe même des montagnes russes, c'est bien l'alternance de montées et de descentes. Le plat, ça ne sert à rien. Ce n'est pas drôle, ce n'est pas excitant, ce n'est pas enthousiasmant, on n'a pas l'impression de faire quelque chose de bien transcendant, bref, ce n'est pas passionnant.

D'autant que les montagnes russes, a priori, ce sont des circuits fermés, alors on n'a même pas la satisfaction de se dire qu'au moins, on avance, qu'on avale les kilomètres.

Partant de ce constat, je me suis toujours plutôt considérée comme chanceuse de ne jamais rien faire à moitié.
C'est bien sûr toujours plus facile de se dire ça quand on étouffe de bonheur. Toujours plus délicat de ne pas maudire ce fichu caractère quand on est tout en bas d'un creux, ou qu'on sent bien que le pic de bonheur est derrière soi.
Dans ces cas-là, ce qui me sauve, c'est toujours d'observer certains de mes congénères. Parfois même certains de mes amis. Dont la vie, à force de n'être que "sympa", manque cruellement de saveur.
Il m'est arrivé d'envier cette fadeur, je le reconnais. Mais même aujourd'hui, où je ressens douloureusement le départ de l'euphorie qui était la mienne jusqu'hier, je continue d'être heureuse d'être comme ça.
Ca me fait toujours penser à une chanson :
Je suis d'un pays d'un horizon d'une frontière
Qui sonne guerre, qui sonne éternel hiver
Et si tu veux m'apprendre
Si tu veux vraiment bien me connaître
Je suis dans chaque mot dans chacun de mes gestes
Une fille de l'Est
Ici le froid glace les corps
Mais la chaleur peut te bruler
Chez nous tout est intense et fort
On ne fait pas les choses à moitié
Et toutes ces croix, ces tranchées
Ici l'on sait le prix du sang
L'absurdité des combats quand
On est tombé des deux côtés

Bref, je ne sais pas être juste bien ou mal. Quand je vais bien, je vais tout de suite TRES bien. Je déborde de bonheur, je chante, je danse, je pleure de joie sur le trajet vers mon boulot, parce que les montagnes sont belles, que les parfums de fleur m'ennivrent, que la brume couvre la vallée et me donne l'impression d'être par delà les nuages, parce que les moutons sont trop adorables, parce que je m'arrête pour faire un câlin aux deux ânes gris si doux, et qu'ils me regardent avec ce quelque chose dans les yeux qui me fait craquer, ...
Et puis il se passe un truc, et c'est fini. Et alors j'ai du mal à enrayer l'engrenage qui me fait voir TOUT en noir.
J'ai fait de sacrés progrès en la matière. Je n'en arrive plus aux extrêmes négatives que j'atteignais trop souvent il y a quelques années.
Mais voilà. Hier soir, 21h, j'étais tranquillement en train de faire une pizza, après avoir arraché des mauvaises herbes pendant une heure, j'écoutais The dark side of the moon, rien ne pouvait laisser entrevoir que tout à coup, l'innondation de bonheur et de joie qui faisait mon quotidien depuis quelques jours allait s'envoler.
Et pourtant...
Dans ces cas-là, il vaut mieux éviter les discussions, parce que je me braque, parce que je me sens incomprise, et parce que je sais que la même discussion quelques moments, quelques jours plus tard n'aura pas la même issue.
Alors j'évite les discussions. Et j'y reviens plus tard, calmement... Mais on ne peut pas toujours tout remettre à plus tard. Difficile le jeudi de dire qu'on reparlera du programme du week-end la semaine prochaine...
Toujours est-il que comme je le disais plus haut, je constate aujourd'hui que malgré tout ça, je reste ravie d'avoir ce caractère. Parce que je reste persuadée que la traversée de ces moments critiques est le prix à payer pour que les moments de bonheur pur soient ce qu'ils sont.
Et puis vous savez ce que je fais quand je suis vraiment, mais vraiment triste ?
Et bien, je déborde de tristesse, je chante à tue tête, je danse jusqu'à m'en épuiser, je pleure d'émotion sur le trajet vers mon boulot, parce que le ciel est cruellement beau, que les fleurs sentent terriblement bon et que ça me rappelle des souvenirs, que la brume couvre la vallée et que ça me donne l'impression d'être par delà les nuages, parce que les moutons sont trop adorables, et qu'ils prennent mes caresses sans poser de questions, parce que les deux ânes gris pour lesquels je m'arrête me regardent avec cette tendresse indéfinissable, parce que si je m'arrête devant un pré avec des vaches, elles viennent toutes vers moi, parce qu'il y a des gens qui savent rester gentils et qe ça m'émeut jusqu'au plus profond de moi-même, etc...
Au final, je fais toujours un peu la même chose, vu de l'extérieur. C'est juste les sentiments au fond de moi-même qui sont différents. Mais ils sont toujours forts. Jamais en demi-teinte.
Mais c'est bien ça, le principe même des montagnes russes... Le plat, ça ne sert à rien.

mercredi 4 juin 2008

Everything is perfect now



En prime, j'habite un petit paradis.

lundi 2 juin 2008

Deux ou trois petites choses

1 - Hier, mes parents sont venus passer l'après-midi et la soirée (enfin jusque 21h) avec nous.
On était au resto, il y avait un papa et une maman avec leur petite fille d'environ un an, aussi noire qu'ils étaient blancs. D'abord, elle était si belle que j'avais du mal à détacher mon regard d'elle, et d'autre part, là où je ne voyais jusque là qu'un couple de parents ayant adopté une petite fille d'ailleurs, cette fois, je me demandais par quelle souffrance, quelles épreuves ils avaient dû passer jusqu'à pouvoir serrer ce petit morceau d'amour dans leurs bras.
On change avec le temps qui passe.

2 - Je parlais un jour de l'évolution de la libido au cours d'un cycle. Je me suis réveillée hilare ce matin. Parce qu'hier soir, avant de me coucher, j'ai regardé un épisode de Brothers and Sisters, dans lequel Calista F. demande en mariage son sénateur de boyfriend. Tant que j'étais éveillée, je ne songeais qu'à une chose : depuis le temps que j'ai envie de le faire, oserai-je un jour en faire autant ? Quand je me suis endormie, c'est mon esprit de femme en pleine ovulation qui a pris le dessus : j'ai rêvé que notre cher préfet me faisait des avances en bonne et dûe forme.
Dieu que ça m'a fait rire au réveil... Heureusement que je n'ai pas de réunion prévue avec lui aujourd'hui, j'aurais sans doute beaucoup de mal à rester sérieuse, si tant est qu'il m'arrive d'être vraiment sérieuse.

3 - Jeudi midi, ou vendredi, je ne sais plus, il y a la soeur de mon amoureux qui est venue déjeuner avec nous parce qu'elle devait récupérer des trucs que sa mère nous avait remis pour elle.
Accessoirement aussi, elle avait été à Amsterdam quelques temps avant et nous avait trouvé un "truc". Jamais pu nous le donner jusque là parce que la dernière fois qu'elle a vu son frère, c'était à l'anniversaire de quelqu'un à qui je n'avais pas envie de le souhaiter (tu vois Malika, quand je parle d'efforts...), et donc je n'y étais pas. Et elle insistait pour que je sois là.
Donc, j'arrive au cabinet de mon homme à midi avec mes collègues et je vois un sac Marionnaud sur la table. LE fameux cadeau. Belle soeur le prend et me le donne, en précisant que c'est surtout pour moi. Ca ressemble à du parfum, non, un sac Marionnaud ?
Je sors du sachet le joli paquet enveloppé de papier de soie comme un bonbon, et je détache le petit raphia. Je vois apparaître une tête qui semble bien être une tête de bébé.
Hum.
Instinct de protection de ma vie privée, je file dans une autre pièce avec mon petit paquet. C'est qu'on était quand même devant des collègues, là...!!!
Je termine d'ouvrir, et c'est une fabuleuse statuette en terre cuite (allez, faut que je pense à en faire une photo) qui représente un bébé.
????????????????????????????????????????????????
L'explication ne tarde pas : "c'est pour vous porter chance, pour que ça finisse par marcher."
Alors souci n°1 : surtout, ne pas laisser couler les larmes qui se bousculent au bord de mes yeux.
Ok, ça, c'est fait (je m'épate moi-même, suis carrément trop forte ;-)).
Souci n°2 : hein ??? Comment ça ???? D'où elle sort qu'on a besoin d'un coup de pouce ???

Je file vers mon homme pour lui montrer le joli cadeau, et sa soeur me glisse à l'oreille "Maman m'a dit que ce n'était peut-être pas une bonne idée, que ça allait sûrement te faire plus de mal qu'autre chose, en remuant le couteau dans la plaie".

Pardon ????? Ma belle-mère aussi est au courant ? Mais c'est quoi ce bordel ?
Souci n°3 : il y a des collègues juste à côté qui trouvent déjà bizarre que je file cacher mon cadeau, alors ce n'est pas le moment de commencer à poser toutes ces questions. Et à vrai dire, si j'ai choisi jusque là de ne pas en parler, c'est peut-être parce que je n'ai pas envie d'en parler. Et rien n'a changé. Donc je zappe sur le sujet, mais les interrogations restent.

Dans l'absolu, je m'en fiche un peu, il faut bien le dire. MAIS :
- j'aimerais bien, par curiosité, savoir comment ça a pu venir jusqu'à toute ma belle famille, puisque moi je n'en parle pas, et mon chéri dit que lui non plus...
- comment elle peut me faire un truc pareil devant mes collègues de travail ? Elle croit donc que je raconte ma vie à mon staff ???
- je suppose donc que comme toujours, les gens qui savent ont toujours leur petit commentaire avisé sur le pourquoi du comment de pourquoi ça ne marche pas.
Tant qu'ils le gardent pour eux, moi, je m'en fiche (pas tout à fait, mais j'y travaille. Disons qu'il y aura sûrement un moment de gêne la prochaine fois que nous serons dans ma belle famille... Et que chaque refus de verre de vin ou autre sera toujours un moment encore plus délicat qu'avant.)
Mais s'ils ont le maheur de me donner des conseils, ou si des réflexions malheureuses arrivent jusqu'à moi, je me connais, ça va partir très vite. Ou alors je saurai me retenir, mais je n'y mettrai plus les pieds jusqu'à ce que....je me calme. Autant dire que ça risque de prendre du temps.
Mais bref, soyons optimiste, tout se passera bien, je n'aurai pas à me sentir gênée, je n'aurai pas de réflexion débile, et personne ne me reparlera de ça, au moins pas avant que ça devienne un sujet moins délicat.

4 - J'ai résisté tant que je pouvais, mais ça y est, j'ai craqué, j'ai mis la clim. Quand la température ne baisse plus en dessous de 20° la nuit, la chaleur dans mon bureau exposé plein sud est étouffante. Tant pis pour ma conscience... Et après tout, on est en juin.

5 - On a fait un peu de rangement et de ménage avant la visite de mes parents. C'est pas fréquent, hein. Mais du coup, waouw, on est encore mieux dans notre chez nous.